Après deux semaines de conflit, un tribut économique potentiel déjà très lourd pour le Liban
Alors que la menace d’une offensive israélienne de plusieurs mois se concrétise au Liban, même dans l’hypothèse où le conflit avec l’Iran viendrait à s’interrompre, l’économie libanaise retient son souffle, craignant des retombées supérieures à celles observées en 2024, qui avaient entraîné, selon la Banque mondiale, près de 14 milliards de dollars de pertes et une contraction de l’activité de l’ordre de 7 %.
Des dizaines de millions de pertes par jour
Que peut-on déjà mesurer des deux premières semaines du conflit actuel ? Au ministère de l’Économie et du Commerce, des sources responsables évoquent des pertes quotidiennes comprises entre 60 et 80 millions de dollars. À ce coût s’ajoute celui des destructions frappant logements, commerces, établissements de services, unités industrielles, exploitations agricoles et infrastructures. Or, selon des sources sécuritaires, les dégâts constatés aujourd’hui seraient plus lourds encore que ceux enregistrés en 2024. En référant au précédent de 2024, elles estiment que les pertes liées au bâti et aux infrastructures pourraient, elles aussi, se situer entre 60 et 80 millions de dollars par jour. Cette année-là, rappelle la Banque mondiale, le coût du conflit s’était réparti en deux volets d’ampleur comparable : d’un côté, les pertes économiques directes et indirectes ; de l’autre, les destructions ayant touché habitations, commerces, fermes, usines et infrastructures.
Le Conseil économique et social et environnemental avance pour sa part une estimation plus prudente, évaluant les pertes économiques quotidiennes entre 30 et 50 millions de dollars.
Dans un rapport publié à la fin de la semaine dernière, BlomInvest les évalue à environ 45 millions de dollars par jour. En d’autres termes, après deux semaines de guerre, le coût économique minimal atteindrait déjà près de 650 millions de dollars. D’ici à la fin du mois de mars, il pourrait s’élever à 1,3 milliard de dollars. Et cette estimation ne prend toujours pas en compte les destructions matérielles infligées au tissu urbain et aux infrastructures, dont l’ampleur, selon la plupart des observateurs présents sur le terrain, dépasse celle de la guerre de 2024. À l’aune de cette comparaison, BlomInvest estime que le recul de l’activité pour le seul mois de mars pourrait avoisiner 4 %.
L’économiste Walid Abou Sleiman avance, lui, plusieurs scénarios. Si la guerre devait durer un mois, son coût pourrait varier entre 1,2 et 1,8 milliard de dollars, faisant basculer l’économie d’une croissance attendue de 4 % vers une contraction comprise entre 1 et 3 %. Si le conflit se prolongeait sur deux mois, la facture cumulée pourrait grimper entre 2,6 et 3,9 milliards de dollars, avec une récession comprise entre 3,5 et 6 %. Enfin, si les hostilités devaient s’étendre sur trois mois, le coût total pourrait atteindre entre 4,2 et 5,9 milliards de dollars, tandis que la contraction de l’économie se situerait entre 6 et 9 %.
Commerce et industrie amputés, secteur touristique laminé
Le détail sectoriel illustre, lui aussi, l’ampleur du choc. Selon les organismes économiques, le principal lobby patronal, l’activité commerciale aurait déjà reculé de 50 %, sous l’effet d’un effondrement des ventes de biens non essentiels, en baisse de 60 à 80 %, alors même que la demande en produits de base, notamment alimentaires, demeure relativement soutenue. Le secteur industriel enregistrerait une contraction similaire, de l’ordre de 50 %, en raison à la fois de l’arrêt de nombreuses unités de production dans les zones bombardées, de la paralysie des exportations vers les pays du Golfe et du repli de la demande locale sur les biens manufacturés non essentiels.
L’agriculture n’est pas épargnée : l’activité y aurait diminué de 40 %, en raison de l’interruption de la production dans les régions exposées aux frappes et aux destructions, mais aussi de la suspension des exportations agricoles vers le Golfe.
Le secteur hôtelier figure parmi les premiers touchés. Les taux d’occupation seraient tombés à des niveaux extrêmement bas, entre 10 et 15 %, sous l’effet du quasi-arrêt des flux touristiques et de l’annulation de réservations qui s’annonçaient pourtant nombreuses à l’approche de l’Aïd el-Fitr et de Pâques. Plus largement, l’activité touristique et les voyages auraient chuté de 80 %. Dans la restauration, le recul atteindrait 90 % dans de nombreuses régions du pays, avec une baisse un peu moins marquée dans les zones éloignées du théâtre des opérations. Quant aux lieux de vie nocturne, ils sont quasiment à l’arrêt. Le secteur des services accuse, lui aussi, une contraction comprise entre 40 et 50 %, tandis que le marché immobilier semble presque figé : la demande y a fortement chuté, et s’est même évaporée dans de nombreuses zones.
À ce tableau déjà sombre s’ajoute un facteur aggravant : la flambée des prix du pétrole, qui aurait progressé de 45 % depuis le début de la guerre. Cette hausse alourdit les coûts du transport et du fret, se répercute sur les prix à la consommation et fait craindre une nouvelle poussée inflationniste. Celle-ci pèserait à son tour sur le pouvoir d’achat, affaiblirait davantage la consommation, freinerait l’investissement et prolongerait, par ricochet, les effets récessifs du conflit sur l’économie libanaise.
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Article publié sur le site de L’Orient le Jour: consulter l’article