La rénovation durable du bâti : un levier indispensable pour la transition du Liban

Au Palais du Luxembourg, lors du colloque « Talents libanais sans frontières : d’un capital humain à une puissance d’impact »,Ornella, consultante en performance environnementale, a consacré son intervention à un levier qu’elle considère comme indispensable à la transition durable : la rénovation du bâti.

En ouverture, elle rappelle une citation qui résume l’importance du sujet : « We shape our buildings, thereafter they shape us. » Nous passons plus de 90 % de notre temps à l’intérieur des bâtiments, tandis que ce secteur représente aujourd’hui plus de 40 % des émissions et de la consommation d’énergie dans le monde. « Autrement dit, il n’y a presque pas de transition durable sans la transition du bâti », souligne-t-elle.

Son intervention porte principalement sur l’existant, et plus particulièrement sur les actifs tertiaires. Elle dresse le constat d’un parc de bâtiments tertiaires libanais vieillissant, voire détruit dans certaines zones, et rappelle que les démarches environnementales existent déjà mais restent « individuelles, dispersées et sans cadre commun ».

Pour elle, avant de construire ou de rénover, il faut d’abord mesurer. Cela suppose deux préalables : un système d’évaluation unifié, fondé sur des audits énergétiques, des diagnostics systématiques, un étiquetage de performance comparable au DPE français et une classification claire des bâtiments tertiaires ; puis l’intégration de ces exigences dans un cadre réglementaire, notamment à travers les permis de construire, afin de fixer des garde-fous thermiques, d’imposer une approche en cycle de vie et de quantifier l’impact carbone avant toute intervention.

Une fois ce diagnostic posé, Ornella présente une « boîte à outils » inspirée des certifications environnementales internationales telles que LEED, BREEAM et HQE, tout en rappelant qu’il existe également une certification environnementale libanaise.

Elle insiste d’abord sur l’approche bioclimatique. Le Liban dispose d’une richesse rare avec ses microclimats régionaux, qu’il convient d’exploiter grâce à l’orientation des bâtiments, à la ventilation naturelle, aux brise-soleil et au recours à des matériaux locaux. Si cette approche s’applique naturellement aux constructions neuves, elle peut également être intégrée aux projets de rénovation.

Elle évoque ensuite la nécessité de développer une enveloppe performante grâce à une isolation thermique adaptée et à des matériaux à faible impact environnemental, biosourcés, recyclables, recyclés ou réemployés, dans une logique d’économie circulaire. Elle souligne également l’importance d’une gestion efficace des déchets de construction et d’exploitation, du recours à des systèmes de production plus efficients, d’un pilotage intelligent des bâtiments ainsi que d’une gestion durable de l’eau, devenue incontournable face au stress hydrique. La récupération des eaux pluviales et l’installation d’équipements hydroéconomes ne sont plus, selon elle, une option.

Enfin, Ornella propose une feuille de route structurée autour des audits, de la conception durable, du suivi de chantier et d’une exploitation maîtrisée des bâtiments. Cette dynamique passe également par la formation des acteurs du bâtiment, le développement des certifications environnementales, la mise en place de mécanismes de financement dédiés à la durabilité et la mobilisation d’expertises extérieures afin de favoriser le transfert de savoir-faire.

En conclusion, elle rappelle que le bâtiment ne vit pas seul : il s’inscrit dans un écosystème composé de la ville, de la mobilité et des infrastructures. Mais surtout, « au cœur de cet écosystème, il y a l’humain ». C’est pourquoi elle conclut son intervention par un appel simple : sensibiliser, former et agir.

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