Antoine El Murr : faire de l’énergie verte un moteur de croissance pour le Liban

Lors du colloque « Talents libanais sans frontières : d’un capital humain à une puissance d’impact », organisé au Palais du Luxembourg par le Forum des Experts Libanais, Antoine El Murr, président-directeur général de Carbon Clean Energy, président de Lebanon Green Energy (LGE) et représentant de l’ONG Policy Innovation, a présenté une vision ambitieuse de la transition énergétique libanaise. Son message est clair : le Liban ne doit plus considérer l’énergie comme une contrainte, mais comme une opportunité économique majeure.

En préambule, il a rappelé que les grandes transitions technologiques, notamment le développement de l’intelligence artificielle et de l’économie numérique, nécessitent des capacités énergétiques considérables. Pour lui, l’innovation technologique ne peut être dissociée de l’innovation énergétique.

Changer de paradigme

Selon Antoine El Murr, le débat énergétique au Liban est trop souvent limité à la recherche de quelques heures supplémentaires d’électricité. Il estime qu’il est temps d’adopter une vision beaucoup plus ambitieuse.

« Nous proposons de voir l’énergie d’une façon différente », a-t-il expliqué. Plutôt que de chercher à répondre uniquement aux besoins immédiats du pays, il plaide pour une stratégie nationale fondée sur le développement massif des énergies renouvelables, capable de transformer durablement l’économie libanaise.

Le Liban dans les futurs corridors de l’hydrogène vert

Au cœur de cette stratégie figure le développement de l’hydrogène vert.

Antoine El Murr a rappelé que l’Union européenne considère désormais cette énergie comme l’un des principaux leviers de sa transition vers une économie décarbonée. Plusieurs corridors énergétiques sont actuellement en cours de développement entre la mer du Nord, le Maroc, l’Espagne, l’Italie et le reste du continent européen.

Selon lui, le Liban dispose des atouts nécessaires pour intégrer cette nouvelle géographie énergétique.

Il estime que le pays pourrait produire jusqu’à deux gigawatts d’hydrogène vert destinés à l’exportation vers l’Europe, générant, selon les estimations présentées, près de 11 milliards de dollars de revenus.

Réduire la dépendance énergétique

L’intervenant a également mis en évidence le déséquilibre de la balance commerciale libanaise.

Alors que le pays importe chaque année une part importante de ses besoins, notamment en produits pétroliers, ses exportations restent limitées. À ses yeux, la transition énergétique offre l’opportunité d’inverser cette logique.

« L’énergie, ce n’est pas seulement produire de l’électricité ; c’est aussi trouver une solution pour l’économie », a-t-il affirmé.

En développant les énergies renouvelables, le Liban pourrait réduire sa dépendance aux importations de combustibles fossiles, améliorer sa balance commerciale et créer une nouvelle filière industrielle tournée vers l’exportation.

Exploiter pleinement le potentiel du territoire

Pour concrétiser cette vision, Antoine El Murr propose le déploiement d’environ 12 gigawatts de capacités de production d’énergies renouvelables, mobilisant l’ensemble des ressources naturelles du pays.

L’énergie solaire constituerait l’un des principaux piliers de cette stratégie, aux côtés de l’éolien et de l’hydroélectricité.

Il a notamment regretté que le potentiel hydraulique du Liban demeure largement sous-exploité, alors que les précipitations enregistrées dans le pays sont comparables à celles de l’Allemagne, où cette ressource contribue significativement à la production d’électricité.

Cette production permettrait non seulement de couvrir les besoins nationaux, estimés à environ 3 000 MW, mais également d’alimenter une filière industrielle dédiée à la production d’hydrogène vert.

Une proposition de gouvernance nationale

Au-delà des infrastructures, Antoine El Murr a appelé à la mise en place d’une gouvernance dédiée à cette transformation.

Il a proposé au ministre présent lors du colloque la création d’une société nationale, Lebanon Green Energy (LGE), dont 51 % du capital seraient détenus par l’État libanais, tandis que les 49 % restants pourraient être ouverts aux investisseurs via la Bourse de Beyrouth.

Cette structure aurait pour mission de piloter les investissements, de coordonner les grands projets d’énergies renouvelables et de développer la filière nationale de l’hydrogène vert.

Une ambition régionale

Enfin, Antoine El Murr a souligné que le Liban pourrait devenir un maillon stratégique entre les producteurs d’énergie verte du Moyen-Orient et les marchés européens.

Alors que plusieurs pays, notamment l’Arabie saoudite, investissent massivement dans la production d’hydrogène vert, le Liban pourrait jouer un rôle de plateforme régionale pour le transport et l’exportation de cette énergie vers l’Europe.

Pour lui, cette vision dépasse largement la seule question énergétique. Elle représente un véritable projet de développement national, fondé sur l’innovation, la création de valeur et l’intégration du Liban dans les nouvelles chaînes énergétiques mondiales.

En conclusion, Antoine El Murr a lancé un appel à l’action en invitant les pouvoirs publics à engager dès aujourd’hui les réformes nécessaires pour faire de la transition énergétique un moteur de souveraineté, de compétitivité et de croissance durable pour le Liban.

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