Alexis Chaumet et Nada Chehab mettent en lumière les enjeux de la MLETR et de la digitalisation du Trade Finance

À l’occasion du colloque « Talents libanais sans frontières : d’un capital humain à une puissance d’impact », organisé au Palais du Luxembourg par le Forum des Experts Libanais, Alexis Chaumet, représentant de la Direction générale du Trésor français, et Nada Chehab ont proposé un éclairage complémentaire sur les enjeux de la digitalisation du Trade Finance. En conjuguant approche institutionnelle et expertise métier, leurs interventions ont montré que la transformation numérique du commerce international repose autant sur un cadre juridique adapté que sur une évolution des pratiques opérationnelles.

En introduction, Alexis Chaumet est revenu sur la Model Law on Electronic Transferable Records (MLETR), la loi type élaborée par la Commission des Nations unies pour le droit commercial international (CNUDCI/UNCITRAL). Il a rappelé que cette loi a pour vocation de reconnaître juridiquement les documents électroniques transférables afin qu’ils produisent les mêmes effets que leurs équivalents papier.

Il a expliqué que la MLETR ne modifie pas les instruments du commerce international eux-mêmes. Elle établit le cadre juridique permettant leur utilisation dans un environnement numérique, en garantissant trois principes fondamentaux : l’intégrité des documents électroniques, l’identification fiable des parties et le contrôle exclusif du détenteur légitime des droits. Ce cadre constitue une condition essentielle pour instaurer la confiance nécessaire aux échanges internationaux dématérialisés.

Alexis Chaumet a également souligné que, malgré les avancées technologiques, les opérations de Trade Finance demeurent encore largement fondées sur des échanges de documents papier. Factures commerciales, connaissements, certificats d’origine, documents douaniers ou crédits documentaires continuent de circuler sous format physique, générant des délais de traitement, des coûts administratifs et des risques d’erreurs ou de fraude.

Présentant l’expérience française, il a indiqué que la France a engagé une réflexion visant à adapter son droit aux standards portés par la MLETR, en concertation avec les établissements financiers, les entreprises, les juristes et les acteurs du commerce international. Cette démarche s’inscrit dans une stratégie de modernisation destinée à accompagner la transition vers des échanges entièrement numériques tout en préservant la sécurité juridique des transactions.

Au cours des échanges, Nada Chehab a enrichi cette présentation en mettant en perspective les conséquences très concrètes qu’une telle évolution juridique peut avoir sur les opérations de Trade Finance.

Elle a rappelé que, dans le cadre d’un crédit documentaire traditionnel, les échanges de documents papier peuvent prolonger les délais de paiement jusqu’à trois semaines. Grâce à la dématérialisation des documents commerciaux, rendue possible par un cadre juridique tel que la MLETR, ces délais peuvent être réduits à un ou deux jours.

Pour Nada Chehab, cette accélération constitue avant tout un puissant levier de réduction des risques. En diminuant la durée pendant laquelle les banques, les exportateurs, les importateurs et leurs partenaires sont exposés à l’incertitude, la digitalisation contribue directement à renforcer la confiance dans les transactions internationales.

Elle a souligné que cet enjeu revêt une importance particulière pour le Liban. Dans un contexte où le risque perçu par les partenaires internationaux demeure élevé, il est beaucoup plus acceptable pour une banque ou un partenaire commercial d’assumer un risque pendant un ou deux jours que durant plusieurs semaines. Cette réduction de l’exposition au risque peut ainsi favoriser la reprise des échanges commerciaux et contribuer progressivement à restaurer la confiance envers les entreprises libanaises.

Nada Chehab a également insisté sur le fait que les bénéfices de la digitalisation dépassent largement le seul crédit documentaire. La circulation électronique des documents améliore les processus de facturation, facilite les formalités douanières, renforce les contrôles de conformité, améliore la traçabilité des opérations et fluidifie les échanges entre les entreprises, les banques, les transporteurs, les assureurs et les administrations.

Reprenant son intervention, Alexis Chaumet a rappelé que ces avancées opérationnelles reposent avant tout sur un socle juridique reconnu à l’échelle internationale. Il a évoqué le développement de nouveaux corridors commerciaux numériques entre l’Europe, le Moyen-Orient et l’Asie, estimant que les pays ayant adopté un cadre compatible avec la MLETR disposeront d’un avantage pour intégrer ces nouvelles chaînes d’échanges.

Pour le Liban, une telle évolution représenterait une opportunité stratégique de moderniser son environnement juridique, de renforcer son attractivité auprès des banques internationales, des investisseurs et des entreprises exportatrices, tout en facilitant son insertion dans les chaînes de valeur mondiales.

À travers ce dialogue entre vision institutionnelle et expertise opérationnelle, Alexis Chaumet et Nada Chehab ont rappelé que la digitalisation du Trade Finance ne se résume pas à une innovation technologique. Elle repose sur une articulation étroite entre un cadre juridique sécurisé et une transformation des pratiques, au service d’un commerce international plus rapide, plus fiable et plus compétitif.