Alexis Chamet : La digitalisation du commerce international est un levier de compétitivité pour le Liban

Lors de son intervention au Palais du Luxembourg, sous le thème du colloque « Talents libanais sans frontières : d’un capital humain à une puissance d’impact » organisé par le Forum des Experts Libanais, Alexis Chamet, représentant de la Direction générale du Trésor français, a montré que la modernisation du commerce international ne relève plus uniquement de la technologie, mais constitue désormais un enjeu de compétitivité, de confiance et d’attractivité économique.

Son intervention s’est articulée autour d’un constat simple : le commerce international repose avant tout sur la confiance. Cette confiance est aujourd’hui assurée par les banques, qui sécurisent les échanges entre des acteurs situés à des milliers de kilomètres les uns des autres grâce aux instruments de trade finance, tels que les crédits documentaires.

Un modèle encore largement fondé sur le papier

Malgré leur rôle essentiel, ces opérations restent aujourd’hui très largement administrées sous format papier. Une seule transaction peut mobiliser plusieurs dizaines de documents et des centaines de copies, générant des délais, des coûts administratifs importants et un risque accru d’erreurs ou de fraude.

Pour répondre à ces limites, les Nations unies, à travers la Commission des Nations unies pour le droit commercial international (CNUDCI/UNCITRAL), ont élaboré la Model Law on Electronic Transferable Records (MLETR), une loi type destinée à permettre la reconnaissance juridique des documents électroniques transférables.

L’expérience française : faire de la digitalisation un facteur d’attractivité

Alexis Chamet a présenté la démarche engagée par la France pour transposer cette loi dans son droit national. Élaborée en concertation avec les banques, les entreprises, les juristes et les acteurs du commerce international, cette réforme s’inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer l’attractivité de la place financière française.

L’objectif est de garantir, dans un environnement entièrement numérique, trois principes fondamentaux :

  • l’intégrité des documents électroniques ;
  • l’identification fiable des parties prenantes ;
  • la preuve du contrôle exclusif du détenteur des droits.

Ces garanties permettent de reproduire juridiquement, dans le monde numérique, la confiance jusqu’alors assurée par les documents papier.

Une digitalisation au service de la confiance et de la performance

Selon Alexis Chamet, cette évolution apporte plusieurs bénéfices majeurs.

Elle réduit d’abord les risques opérationnels en supprimant les pertes de documents, les erreurs de traitement et les délais liés aux échanges physiques.

Elle renforce ensuite la sécurité financière en facilitant les contrôles de conformité, de lutte contre le blanchiment et de connaissance des clients (KYC), grâce à une traçabilité complète des opérations.

Enfin, elle améliore la gestion des risques financiers, accélère les paiements et réduit significativement les délais de traitement, qui peuvent passer de plusieurs semaines à seulement quelques jours, voire quelques heures.

Pour les entreprises, cette accélération représente un gain direct de trésorerie et une amélioration de leur capacité à financer leur développement.

Une opportunité stratégique pour le Liban

Au-delà de l’exemple français, Alexis Chamet estime que cette évolution ouvre une perspective particulièrement intéressante pour le Liban.

Alors que plusieurs projets de corridors commerciaux numériques émergent entre l’Inde, le Moyen-Orient et l’Europe, disposer d’un cadre juridique compatible avec les standards internationaux permettrait au Liban de s’intégrer rapidement à ces nouveaux flux commerciaux.

Une telle réforme renforcerait également l’attractivité du pays auprès des banques internationales, des investisseurs et des entreprises exportatrices, tout en soutenant la modernisation de l’administration et des services publics.

Un levier pour la modernisation de l’État

Pour Alexis Chamet, le Liban a l’opportunité de franchir directement une nouvelle étape en adoptant les meilleures pratiques internationales en matière de digitalisation du commerce et des services financiers.

Dans un pays où la diaspora joue un rôle majeur dans les échanges économiques internationaux, la modernisation des infrastructures juridiques et numériques constituerait un puissant facteur d’intégration aux chaînes de valeurs mondiales.

Son message est clair : la digitalisation du trade finance n’est pas seulement une innovation technique ; elle constitue un véritable levier de compétitivité, de confiance et de développement économique pour le Liban.

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