Mouchir El Husseini: Le pari du talent , un nouveau modèle économique pour le Liban

















Le pari du talent : un nouveau modèle économique pour le Liban
L’intervention s’articule autour d’une conviction forte : le véritable enjeu n’est pas seulement le financement, mais la confiance. Confiance dans le Liban, et surtout confiance dans ses talents.
1. Le modèle économique historique est révolu
Le Liban ne peut plus compter sur son ancien modèle fondé sur l’implantation de groupes internationaux faisant du pays une plateforme régionale. Ce modèle s’est progressivement déplacé vers d’autres hubs comme Dubaï, l’Arabie saoudite ou Singapour. Plutôt que de regretter cette évolution, il faut répondre à une question essentielle : quel sera le nouveau modèle économique du Liban ?
2. La richesse stratégique du Liban : son capital humain
La réponse est claire : la première richesse du Liban est son capital humain. Cette richesse ne repose pas sur une prétendue supériorité naturelle, mais sur un ensemble d’atouts construits au fil du temps :
- une culture profondément attachée à l’éducation ;
- un système d’enseignement reconnu pour son excellence ;
- une forte diversité culturelle ;
- une remarquable capacité d’adaptation ;
- une résilience forgée par les crises successives.
Ces qualités produisent des profils hautement qualifiés, dotés à la fois de solides compétences techniques et de qualités humaines particulièrement recherchées.
3. Une opportunité créée par la transformation numérique mondiale
Au moment où le monde fait face à une pénurie de compétences en intelligence artificielle, data et cybersécurité, le Liban dispose d’un vivier de talents sous-exploité. C’est cette convergence entre une demande mondiale croissante et une offre locale de grande qualité qui a conduit Thales à prendre une décision contre-intuitive.
4. Investir au Liban au plus fort de la crise
En 2023, alors que de nombreuses entreprises internationales quittaient le pays et que les talents libanais émigraient, Thales a choisi d’investir.
L’entreprise a rapatrié au Liban des activités auparavant externalisées à l’international et a constitué progressivement une équipe spécialisée en IA et en Data.
Quelques mois plus tard, cette équipe est devenue le Centre d’Excellence IA & Data du groupe Thales pour la fonction IS/IT.
Aujourd’hui, malgré deux guerres et plusieurs années d’instabilité, le site compte 60 ingénieurs de haut niveau, développant depuis le Liban des solutions stratégiques pour le siège du groupe.
Au-delà de la performance économique, cette réussite démontre que le Liban peut produire une valeur mondiale à partir de ses talents.
5. Le succès ne repose pas uniquement sur le recrutement
Le principal enseignement est que le talent ne suffit pas : il faut investir pour le rendre immédiatement opérationnel.
Le marché libanais forme d’excellents ingénieurs, mais souvent avec des profils généralistes qui ne correspondent pas directement aux métiers spécialisés de l’économie numérique.
Pour combler cet écart, Thales a conçu, en partenariat avec l’Université Libanaise, un Master of Engineering en Intelligence Artificielle et Data.
Le programme repose sur des projets industriels réels et permet de transformer des profils généralistes en spécialistes répondant précisément aux besoins du marché.
L’objectif n’était donc pas de chercher des compétences inexistantes, mais de les créer.
6. Un modèle reproductible
Cette initiative ne répond pas uniquement aux besoins de Thales. Les diplômés qui ne rejoignent pas l’entreprise trouvent rapidement un emploi dans d’autres organisations, leurs compétences étant parfaitement alignées avec les attentes du marché international.
Le message est clair : si un groupe aussi exigeant que Thales a réussi à faire du Liban un centre mondial d’excellence en IA et Data, alors ce modèle peut être reproduit par de nombreuses autres entreprises.
Message clé
Le Liban ne retrouvera pas sa compétitivité en cherchant à recréer son ancien modèle économique. Son avenir repose sur un nouveau positionnement : faire de son capital humain un moteur de création de valeur mondiale.
Cela suppose de conjuguer trois leviers indissociables : la confiance, l’investissement dans les talents et une formation étroitement connectée aux besoins de l’industrie.


