S. E. Dr. Kamal Shehadi : Le Liban ne manque ni de talents ni d’ambition. Il est temps d’en faire une puissance numérique

S.E.Dr. Kamal Shehadi : « Le Liban ne manque ni de talents ni d’ambition. Il est temps d’en faire une puissance numérique. »

Au Palais du Luxembourg, lors du colloque « Talents libanais sans frontières : d’un capital humain à une puissance d’impact », S.E. Dr Kamal Shehadi, Ministre des Déplacés et Ministre d’État chargé de la Technologie et de l’Intelligence Artificielle, a présenté une vision claire : faire du Liban une plateforme régionale d’innovation, d’intelligence artificielle et d’exportation de talents.

Son message est sans ambiguïté : le principal actif stratégique du Liban n’est ni son territoire ni ses ressources naturelles. C’est son capital humain.

La paix, l’État de droit et le numérique : les trois piliers de la transformation

Le ministre a rappelé que toute ambition numérique repose d’abord sur des fondations solides :

« Notre vision est celle d’un Liban en paix, prospère et fondé sur l’État de droit. Sans cela, aucune stratégie de transformation ne peut réussir. »

Mais cette stabilité doit désormais s’accompagner d’une nouvelle ambition économique : transformer l’excellence des compétences libanaises en moteur de croissance durable.

Dans une économie mondiale où une entreprise technologique peut être créée avec un ordinateur portable, une connexion Internet et une idée innovante, le Liban possède un avantage compétitif unique : une jeunesse créative, hautement qualifiée et naturellement tournée vers l’international.

L’intelligence artificielle : une opportunité historique

Pour Kamal Shehadi, l’intelligence artificielle représente une opportunité exceptionnelle pour un pays comme le Liban.

Former les jeunes aux compétences numériques, à l’IA et aux technologies émergentes n’est plus un choix : c’est une priorité nationale.

C’est dans cette perspective que le ministère a engagé une stratégie ambitieuse de développement des talents en partenariat avec les plus grands acteurs mondiaux de la technologie.

Microsoft, Oracle, AWS et SAP participent déjà à ces programmes de formation, tandis que des discussions avancées sont en cours avec Google.

L’objectif est double :

  • développer les compétences numériques des jeunes Libanais ;
  • leur permettre d’obtenir des certifications internationales directement reconnues sur le marché mondial.

Cette stratégie vise à créer une nouvelle génération d’entrepreneurs capables de concevoir, développer et exporter des solutions technologiques depuis le Liban vers le monde entier.

Des réussites qui démontrent le potentiel libanais

Le ministre a illustré cette dynamique par un exemple particulièrement révélateur.

Quatre diplômés de l’Université de Balamand ont créé une entreprise spécialisée dans les technologies d’assistance à l’atterrissage des avions.

Aujourd’hui :

  • Boeing investit dans leur société ;
  • leurs solutions sont utilisées par les Aéroports de Paris ;
  • l’entreprise continue pourtant d’opérer depuis Beyrouth.

Cette réussite illustre parfaitement ce que peut devenir le modèle libanais : créer localement, vendre mondialement.

Transformer la diaspora en réseau mondial de croissance

L’un des messages les plus forts de cette intervention concerne le rôle de la diaspora.

Selon le ministre, la diaspora ne doit plus être considérée uniquement comme une source de capitaux.

Elle constitue avant tout un réseau mondial d’expertise, de mentorat et d’ouverture des marchés.

Le lancement du Lebanese Angel Investor Network s’inscrit dans cette logique.

Le fonds a déjà enregistré :

  • près de 9 millions de dollars d’engagements ;
  • plus de 2,5 millions de dollars déjà investis.

À terme, il devrait financer entre 30 et 50 start-up technologiques, avec une caractéristique majeure : près de 80 % des investisseurs proviennent de la diaspora libanaise.

Au-delà du financement, chaque investisseur devient également mentor et accompagne les entrepreneurs dans leur développement international.

Un cadre réglementaire aligné sur les standards européens

L’innovation ne peut prospérer sans confiance.

Le gouvernement travaille ainsi à la modernisation du cadre juridique afin de l’aligner sur les meilleures pratiques internationales, en particulier sur les standards européens.

Le projet de loi relatif à la protection des données personnelles constitue une étape majeure de cette stratégie.

Cette convergence réglementaire vise à rassurer investisseurs internationaux, entreprises technologiques et partenaires européens.

Les universités au cœur de la stratégie

La réussite du Liban numérique passe également par une coopération étroite entre universités, centres de recherche et entreprises.

Douze universités participent déjà au réseau national mis en place par le ministère.

Le ministre a également insisté sur la nécessité d’intégrer pleinement l’Université Libanaise, dont les 65 000 étudiants représentent un levier essentiel pour la réussite de cette transformation.

Au-delà de la formation, le défi est aussi scientifique.

Dans des domaines comme la HealthTech ou la recherche médicale, le Liban doit privilégier la coopération entre ses établissements et leur intégration dans les grands réseaux internationaux.

Moderniser l’administration : un défi collectif

La transformation numérique de l’État constitue un autre chantier majeur.

Avec une formule empreinte d’humour mais particulièrement lucide, Kamal Shehadi a résumé la réalité institutionnelle :

« Le Liban est parfois une fédération de ministères. »

Chaque ministère conserve sa propre responsabilité, ce qui impose une coordination étroite entre les différentes administrations.

La modernisation ne pourra réussir qu’en associant trois acteurs :

  • les ministères ;
  • les organismes de réforme administrative ;
  • le secteur privé.

Le ministre plaide pour des partenariats public-privé permettant d’accélérer la digitalisation des services publics, tout en maintenant un principe fondamental :

les données des citoyens doivent rester sous le contrôle et la protection de l’État libanais.

Faire du Liban un exportateur de technologies

À l’horizon 2030, la vision est ambitieuse mais parfaitement assumée.

Le Liban doit devenir :

  • un exportateur de technologies ;
  • un fournisseur de services numériques à forte valeur ajoutée ;
  • une plateforme régionale d’innovation ;
  • un pays capable non seulement de retenir ses talents, mais également d’attirer le retour de sa diaspora.

L’objectif dépasse largement la seule transformation numérique.

Il s’agit de repositionner le Liban dans l’économie mondiale en faisant de son intelligence collective son premier moteur de développement.

Le message du ministre est finalement celui de la confiance.

Le Liban possède les talents.

Il possède les entrepreneurs.

Il possède une diaspora influente présente dans les plus grands écosystèmes technologiques de la planète.

Le défi consiste désormais à connecter durablement ces forces pour faire émerger une nouvelle génération d’entreprises capables de créer de la valeur depuis Beyrouth pour le monde entier.

Le numérique n’est plus un secteur parmi d’autres. Il devient un projet national, un levier de souveraineté économique et une opportunité historique de redonner au Liban sa place sur la carte mondiale de l’innovation.

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